« La tension comprima mon plexus. Le recueil glissa de mes mains. Je m’empressai de le rattraper, comme si sa chute allait lui être fatale, et me redressai pour mieux respirer. Quand je le rouvris, Le Goût du néant me happa dans l’instant.

« Morne esprit, autrefois amoureux de la lutte,

[…]

Esprit vaincu, fourbu ! Pour toi, vieux maraudeur,

L’amour n’a plus de goût, non plus que la dispute ;

[…]

Avalanche, veux-tu m’emporter dans ta chute ? »

Au lendemain de ces années de persécution, à seulement seize ans, j’entrai dans une phase de dépersonnalisation profonde. Au sortir de cette période d’une destruction mentale qui puise l’essence même d’un être pour la broyer violemment, je priais pour que la vie soit à l’avenir plus clémente et le lycée une renaissance. Mais l’on ne ressort pas indemne d’un tel écroulement de la pensée. C’est la conséquence de cette torture que je n’avais pas vue venir, la perte d’identité. Sans doute celle qui précède la folie ou la démence. Il ne reste des entrailles de l’esprit qu’une transe moite et indolore. Cependant, je savais très bien que la suite logique à tout ce que j’avais vécu était de redresser la tête et de poursuivre ma route en restant focalisé sur mes études. »

 

« J’avais la désagréable impression de devoir être à la hauteur de quelque chose qui me dépassait. Je ne savais pas quoi. Je baignais dans un état d’asthénie dépressive, me sentant comme un tableau négligé, souillé, entaillé par l’insatisfaction de son créateur.

Il est tragique de ne pas se rendre compte que les différences qui font de nous ce que nous sommes sont autant de forces et de richesses. Comprendre que cette diversité sans compromis nous permet de vivre librement est la clé d’un bonheur paisible et recherché. Sans une famille pour m’aider à m’en sortir, moi qui tentais de garder le cap, je ne voyais aucune autre issue que de cesser toute tentative pour y parvenir.

Tout ce que je vécus par la suite fut aggravé par ce système de pensées obsessionnelles qui prit le pas sur mon expression verbale. Découragé de trouver une terre sainte où le jugement n’aurait pas sa place et où l’expression ne se réduirait pas à de ternes sentences, je perdis peu à peu l’habitude de m’exprimer oralement. Mon cerveau était en constante effervescence, comme le lieu de rencontre entre mes faits et mes gestes. […] Souvent, alors que j’étais plongé dans mes pensées, je songeais aux réponses que je donnerais aux personnes susceptibles de m’injurier à nouveau, et je me surprenais à penser à haute voix la fin de mes formules de rébellion. Me taisant aussitôt, j’avais l’impression que je perdais petit à petit le contrôle de mon corps et de mon esprit.

Devenu l’ombre de moi-même, je n’avais plus foi en l’être humain. Moi compris. La frustration ne fit que s’accroître au fil du temps. En société, je pris l’habitude de me fondre parmi la foule. J’étais là physiquement mais cela faisait longtemps que toute trace de vie avait déserté mon enveloppe corporelle. Il ne restait que du vide. Je n’étais plus personne de concret. Alors que de nombreux cas de conscience sont apaisés au cours d’une vie, certains sont dissimulés et influencent nos choix. Je manquais de recul et j’attendais naïvement de trouver quelqu’un capable de me sortir de mon tourment avant qu’il ne soit trop tard. »

 

A SUIVRE…

 

 💡 Si vous appréciez votre lecture et souhaiteriez connaître l’intégralité des textes, signifiez-moi votre intérêt en me suivant sur Instagram et si en entrant puis validant votre adresse mail ci-dessous. Vous serez les premiers informés dès qu’une histoire naîtra en librairie  😉

 


©Tous droits réservés